-
Partager cette page
Appel à contributions 2027
- Présentation
-
En novembre 2024 avait lieu la première édition de Nouvelles épidémies dansantes, consacrée à la thématique « danse par/ pour toustes ? ». Les discussions de ces trois journées ont fait émerger la question du cadre comme un enjeu transversal suffisamment fort pour devenir le point de départ de cette deuxième édition.
Une même séquence de mouvements dansée sur scène, sur les réseaux sociaux, lors d’une flashmob, durant un carnaval, sur son balcon, dans un musée, à l’occasion d’une exposition universelle, par un·e interprète « différent·e » ou face à un public « différent », ne suscite ni les mêmes attentes, ni les mêmes interprétations, ni les mêmes réactions. Seuils et transgressions se déplacent avec les espaces, les temporalités, les corps et les dispositifs. Ceux-ci contribuent à normer les usages du corps, à rendre certains gestes attendus, lisibles et légitimes, tandis que d’autres peuvent surprendre, troubler ou déranger. Que se passe-t-il alors lorsque la danse résiste à ces cadres, en franchit les seuils, surgit là où elle n’est pas attendue ou se trouve translatée d’un cadre à un autre ?
Un cadre ne disparaît pas parce que la danse change de lieu. Il peut se déplacer, se recomposer ou se rendre moins perceptible. Dans la rue, quelques corps qui dansent et quelques regards qui s’arrêtent peuvent suffire à refaire scène ; ailleurs, la danse peut s’infiltrer dans les gestes et les espaces du quotidien au point de rendre incertaine la frontière entre performance et comportement ordinaire. Le « hors cadres » se joue précisément dans cette instabilité : non dans l’absence de cadres, mais dans leur déplacement, leur brouillage ou leur mise en tension.
Les cadres qui organisent et rendent « lisible » la danse ne sont pas seulement spatiaux. Les plateformes numériques ont multiplié la production et la circulation de gestes dansés ainsi que leurs passages entre espaces physiques et numériques : chorégraphies reproduites, imitées, détournées, remédiatisées, transférées de l’écran à la scène ou de la scène à l’écran. Ces pratiques s’inscrivent elles-mêmes dans des formats, conventions et régimes de visibilité spécifiques. Un geste immédiatement identifiable dans un environnement numérique peut ainsi acquérir un tout autre statut lorsqu’il est reproduit ou translaté dans un autre contexte.
Certains dispositifs rendent temporairement possibles des usages du corps qui, ailleurs, rompraient avec les comportements attendus. Carnavals, fêtes, bals ou manifestations peuvent ainsi autoriser (voire prescrire) des gestes et des comportements habituellement hors normes. Mais cette suspension ne signifie pas disparition des normes : elle peut au contraire produire ses propres codes, parfois extrêmement contraignants. Le « hors cadres » possède alors paradoxalement ses cadres. À quelles conditions peut-on encore en sortir lorsque les formes mêmes de la transgression sont prescrites ?
Changer de cadre, c’est aussi changer la manière dont un corps est regardé ou la position depuis laquelle on le regarde. La circulation d’une pratique corporelle ou chorégraphique entre territoires, époques, contextes culturels et institutions peut la soumettre à de nouvelles catégories et à de nouvelles attentes. Ce qui constitue une pratique située peut, une fois déplacé, être présenté ou reçu comme traditionnel, folklorique, exotique ou « authentique ». Reprises, citations et emprunts posent également la question de leurs limites : quand relèvent-ils de la circulation, de l’hommage ou du dialogue, et quand basculent-ils dans la caricature, la reproduction de stéréotypes ou l’appropriation culturelle ? Interroger les cadres suppose dès lors de questionner également qui cadre, qui est cadré, qui regarde et depuis où. Les positions depuis lesquelles les corps sont regardés, programmés, décrits ou étudiés participent elles-mêmes à la production de leur sens.
À travers le spectacle vivant, mais également les pratiques ordinaires, festives, rituelles, militantes ou numériques, Hors cadres invite ainsi à considérer la danse comme un lieu privilégié pour observer la construction, le déplacement, la résistance et la réinvention des normes spectaculaires, corporelles, sociales et politiques.
Le colloque festival abordera ces différents aspects en proposant un programme qui veillera, autant que faire se peut, à respecter la diversité des thématiques d’intervention, des intervenant·e·s et l’équilibre des formats* proposés. Les propositions issues notamment de l’anthropologie, de l’ethnographie, de l’histoire, des sciences politiques, de la sociologie, de la sémiotique, des études en danse et en arts du spectacle, des performance studies, des études culturelles, postcoloniales et décoloniales, des études de genre, des études urbaines ou encore des sciences de l’information et de la communication sont les bienvenues, de même que les recherches croisant plusieurs de ces approches.
*Les interventions pourront prendre la forme de communication scientifique classique, conférence dansée, intervention artistique, projection de film/documentaire, ateliers participatifs,…
- Axes proposés
-
1. Hors scène : seuils, cadres et espaces du quotidien
Cet axe accueillera les propositions consacrées aux pratiques dansées qui investissent différents lieux et interrogent les frontières entre geste ordinaire et geste dansé, performeureuse et passant·e, spectacle et quotidien. Il pourra notamment questionner les différentes manières de déplacer, reconstruire, brouiller ou infiltrer le cadre spectaculaire.
2. D’un cadre à l’autre : translations, reprises et resémantisations
Cet axe portera sur les circulations et transformations des pratiques dansées entre dispositifs, médias et contextes : plateforme numérique et scène, scène et écran, rue et théâtre, rituel et spectacle, espaces privé et public, etc. Il pourra interroger les phénomènes de translation, reprise, citation, imitation, détournement, remédiatisation et recontextualisation, ainsi que les transformations de sens et de réception qu’ils produisent.
3. Corps normés, corps troublants : déplacer les normes
Cet axe réunira les travaux portant sur les normes corporelles, spatiales, sociales et politiques que la danse révèle, négocie, déplace ou trouble. Il pourra notamment aborder les questions de genre, d’âge, de classe, de handicap, de racialisation ou d’assignations identitaires, ainsi que les pratiques militantes et artivistes mobilisant le corps et la danse comme formes d’intervention politique.
4. La transgression sous contrôle : fêtes, carnavals et cadres de l’exception
Cet axe accueillera les recherches consacrées aux espaces-temps dans lesquels des usages inhabituels du corps deviennent possibles, attendus ou prescrits : carnavals, fêtes, bals, manifestations, rassemblements collectifs, flashmobs, etc. Il interrogera notamment les formes de codification, de ritualisation ou d’institutionnalisation de la transgression et leurs limites : à quelles conditions peut-on encore sortir du cadre lorsque les formes mêmes de la transgression sont prescrites ?
5. Qui cadre qui, et depuis où ? Regards, circulations et rapports de pouvoir
Cet axe portera sur les rapports de pouvoir engagés dans la circulation, la production et la réception des pratiques dansées. Il pourra notamment aborder les processus d’exotisation, de folklorisation, de spectacularisation, de patrimonialisation ou d’appropriation culturelle, les attentes d’authenticité ou de « typicité », ainsi que les héritages coloniaux et postcoloniaux. Une attention particulière pourra être portée aux positions depuis lesquelles les pratiques sont regardées, nommées, programmées, légitimées ou étudiées.
Ces cinq axes ne sont ni exclusifs ni étanches. Les propositions peuvent les croiser, les déplacer ou en questionner les frontières. Plus largement, Nouvelles épidémies dansantes : Hors cadres souhaite faire du cadre lui-même un objet de réflexion : non seulement ce qui contient et rend visible la danse, mais ce qui contribue à lui donner sens, à en organiser la réception et à déterminer les conditions dans lesquelles les corps peuvent apparaître, circuler, résister et agir.
- Modalités de proposition
-
- Dans la continuité de la première édition de Nouvelles épidémies dansantes, le projet associera réflexion scientifique et expérimentation pratique. Aux communications académiques répondront ainsi des ateliers, performances et autres propositions permettant de mettre en pratique, d’éprouver ou de troubler les questions soulevées par le colloque.
- Les propositions d’intervention* devront comporter +/- 300 mots accompagnées d’une courte notice biographique de +/- 100 mots.
- Les propositions de communication et de contribution sont attendues de préférence en français ; les interventions en anglais sont également bienvenues, à condition d’être accompagnées d’un support de présentation (PowerPoint ou équivalent) en français.
- Les propositions sont à envoyer pour le 15 novembre 2026 via le formulaire en ligne : https://forms.gle/8XkhXqMBqfTHGAwK8
*Les propositions de formes pratiques, performatives ou hybrides sont également les bienvenues. Elles devront préciser leur durée, leurs besoins techniques et les conditions spatiales nécessaires à leur réalisation.
- Comité scientifique (liste incomplète)
-
- DE LAET Timmy, Universiteit Antwerpen
- DIAZ OTERO Antia, Université libre de Bruxelles
- HELBO André, Université libre de Bruxelles
- VANHAESEBROUCK Karel, Université libre de Bruxelles
- VERLINDEN Elodie, Université libre de Bruxelles/ La Cambre / Arts2 --> elodie.verlinden@ulb.be
- Bibliographie indicative
-
ANDRIEU, Sarah et NORDERA, Marina (dir.), 2025. Danses traversées : carrières, genre, circulations, coll. « Corps et âmes », t. 24 . L’Harmattan, Paris. BAKHTINE, Mikhaïl M., 2003. Pour une philosophie de l’acte, (Traduit du russe par Ghislaine Capogna-Bardet). L’Âge d’Homme, Lausanne.
- BENSE FERREIRA ALVES, Celia et al., 2026. Traduire la performance, performer la traduction. Les Presses du réel, Dijon.
- BOGATYREV, Petr, 1976 [1938]. « Semiotics in the Folk Theater ». In : MATEJKA, Ladislav et TITUNIK, Irwin R. (dir.), Semiotics of Art: Prague School Contributions. Cambridge, Massachusetts : The MIT Press, pp. 33–50.
- BONHOMME, Béatrice, DEL REY, Ghislaine, DI BENEDETTO, Christine, IOOSS, Filomena et TRIFFAUX, Jean-Pierre (dir.), 2015. Babel aimée. La choralité d’une performance à l’autre, du théâtre au carnaval, L’Harmattan, coll. « Thyrse », n° 7, Paris.
- BRUNAUX, Hélène, 2007. « Danser dans l’espace public - Des processus de spatialisation au cœur des usages de l’espace », in : CAPRON, Guénola et HASCHAR-NOÉ, Nadine (co-dir.), L'espace public urbain: de l'objet aux processus de construction, Presses Universitaires du Mirail, Collection Villes et Territoires, chap.6, pp. 101-115
- CLOSE, C et al., 2023. Faire carnaval, faire politique?, Éditions de l’Université Ouverte, Charleroi.
- DUVIGNAUD, Jean, 1967. Sociologie de l’art, Presses universitaires de France, Paris.
- GINOT, Isabelle, & GUISGAND, Philippe,2021. Analyser les œuvres en danse : partitions pour le regard. Centre national de la danse, Paris.
- GOFFMAN, Erving, 1974. Frame Analysis: An Essay on the Organization of Experience, Harvard University Press, Cambridge.
- GRAHAM, Amanda Jane, 2013. “Out of Site: Trisha Brown’s Roof Piece”. In: Dance Chronicle, 36(1), pp. 59–76.
- GUELLOUZ, Mariem, 2013. « De la danse contemporaine au Maghreb à une danse contemporaine maghrébine », in : Marges 16 : pp. 60-72.
- HANNA, Judith Lynn,1979. To dance is human : a theory of nonverbal communication, University of Texas Press, Austin.
- HAMMERGEN, Lena, 2020. «A Contested Corporeality: Solidarity, Self-Fulfillment, and Transformation through African-Derived Dancing», In: Dance Research Journal, 52(1), 7–19, Published online by Cambridge University Press.
- HELBO, André. (2022). Lire le spectacle vivant, Académie Royale de Belgique, Bruxelles
- HELBO, André, 2022. Traduire, adapter, trahir. In : La Thérésienne. Revue de l’Académie royale de Belgique, Bruxelles.
- QUIROZ, Lissell (Dir.), 2021. Féminismes et artivisme dans les Amériques, XXe-XXIe siècles, Presses universitaires de Rouen et du Havre.
- LAUNAY, Isabelle, 2017. Les danses d’après, Centre national de la danse, Paris.
- LÉGERET-MANOCHHAYA, Katia, 2025. Performing arts at the museum. Geuthner, Paris.
- LEPECKI, André,2013. « Choreopolice and Choreopolitics: Or, the Task of the Dancer », in: TDR/The Drama Review, 57(4), pp. 13-27.
- MANNING, Susan, 2004. Modern Dance. Negro Dance : Race in Motion, University of Minesota Press, Chicago
- MASSIAN, Léa, 2017, « Danse, la cité. Infiltration chorégraphique d’une place publique», In : Ambiances , 3
- MENSAH, Ayoko, 2005. « Corps noirs, regards blancs : retour sur la danse africaine contemporaine », in : Africultures 62, n°1: pp. 164-171.
- MONTAIGNAC, Katya, 2013. « Le fantasme de la participation du public ». In : Jeu, (147), pp. 124–130.
- POUILLAUDE, Frédéric, DOBBELS, Daniel, DUPUY, Dominique, RABANT, Claude (dir.) 2003. Danse et politique : démarches artistiques et contextes historiques, , Centre national de la danse, Paris.
- ROQUET, Christine, 2020. Vu du geste : interpréter le mouvement dansé. Centre national de la danse, Paris.
- ROUX, Céline, 2010, « Sylvie Clidière, Alix de Morant. Extérieur danse : essai sur la danse dans l’espace public », in : Critique d’art [En ligne], 35
- SAID, Edward W., 1980 [1978]. L’orientalisme : l’Orient créé par l’Occident, trad. MALAMOUD, Catherine, Éditions du Seuil, Paris.
- SIZORN, Magali, 2008. « Chapitre 7. Quand l’artiste est dans la rue : récits d’expériences et attentes des spectateurs ». In : Un festival sous le regard de ses spectateurs (p. 155‑173). Presses universitaires de Rouen et du Havre.
- VADORI-GAUTHIER, Nadia, 2017. Danser. Résister. Une minute de danse par jour, Ed. Textuel, Paris.
- VADORI-GAUTHIER, Nadia, 2021. « Une minute de danse par jour à l’hôpital ». in : Repères, cahier de danse, n° 46(1), 9‑10.
Numéros spéciaux :
-
- Coll. Danse(s) et politique(s), Recherches en danse [En ligne], 4 | 2015, mis en ligne le 15 novembre 2015
- Coll. Danse et politique, Nouvelles de danse, n° 30, Bruxelles, Contredanse, hiver 1997.